Long ride no sea
Glisser de la mer à la terre
Bonjour à tous,
J’espère que votre rentrée s’est bien passée et que vous avez profité du bel et long été indien cette année ! De mon côté, je retrouve enfin la sensibilité de mes doigts après mon défi en VTT. Encore quelques fourmillements, mais j’arrive enfin à bien les déplier et je reprends du plaisir à taper sur un clavier. Il est donc grand temps de vous faire le résumé de la Sea to Peak et des quelques actualités pour cette fin d’année.
Une traversée haute en couleur
À travers mes newsletters, je vous ai (peut-être) habitués à des aventures salées, mais vous allez voir que cette traversée à deux roues ressemblait bien à une course au large, avec des embruns goût poussière-gadoue, des coups de vent au sommet et des troupeaux de vaches qui viennent jouer dans l’étrave de mon VTT. Accrochez-vous, casque sur la tête, c’est parti !
On rembobine le temps jusqu’au 19 juillet et direction Corsen, à la pointe de la Bretagne. Endroit magique face à l’océan, le sémaphore que vous entendez crépiter dans votre VHF en voisin de palier, et j’y retrouve les 25 autres concurrents harnachés en sac de couchage, matelas gonflables et équipements secrets pour l’ultra-distance. L’organisateur lance le top départ et je n’ai pas eu le temps de tout bien attacher, mais il est l’heure de gonfler les muscles et de larguer les amarres. C’est parti pour 2 300 km !
Physiquement, on n’était pas sur une préparation aux petits oignons, plutôt préparation soupe et croûtons. Je n’avais jamais fait plus de 80 km par jour, et pourtant l’objectif était d’en faire 150 par jour pendant 15 jours. Et pour saupoudrer le tout, fin avril, j’avais eu un accident de vélo un peu sérieux : pas de sport pendant au moins 3 semaines ! Une histoire de faute à pas de chance, une pièce de vélo qui casse et le goudron qui arrive en pleine face. Simple et efficace. Alors si le physique n’était pas au top, il ne me restait que le mental faute de mieux !

Et à 7 h du matin, une fois le départ donné, le peloton s’est étiré dans le silence et un peu d’appréhension. Un troupeau bien serré et parfait pour faire connaissance tout en roulant. Jusqu’au village de Saint-Véran dans les Alpes, nous allons nous éparpiller le long d’une longue trace GPS définie par l’organisateur (avec talent), et attention, pénalités de temps si nous la quittons ! Quelques virages plus loin, je remarque que tous les autres vélos ont déjà un premier repas de prêt dans leurs besaces, alors que mon estomac ne s’est rempli que d’une crêpe sauvée de la veille. Bigre ! À ne penser qu’à l’équipement matériel, j’ai complètement oublié l’aspect nourriture ! On repassera pour le trophée de l’organisation.
Pendant ces 100 premiers kilomètres, je n’hésite pas à quémander quelques savants conseils à mes concurrents expérimentés pour apprendre à gérer le rythme de course. Le maître mot semble être « s’écouter ». Très bien, c’est noté. Mais si je dois m’écouter, je ferais bien 18 pauses café par jour, sans compter celles prévues pour les siestes. Une histoire de juste milieu à trouver, semble-t-il !
Pas facile de trouver la bonne vitesse pendant cette première journée. Les chemins qui nous font traverser le massif armoricain, ses glaciers, ses nombreux remontes-pentes mécaniques sont truffés de pièges ! Déjà 3 chutes de mon côté, suis-je déjà en train de perdre la tête ?
Si le vent est dans le bon sens, l’humidité est également présente et, en fin de journée, ce sont des seaux d’eau qui tombent. À 21 h, ils ont raison de ma motivation. Je trouve un hôtel pas cher dans tout le raffinement froid et bitumé d’une zone commerciale, entre un concessionnaire auto et un marchand de poêles, à deux kilomètres de la trace. Le gérant de l’hôtel a pitié de mon état liquide et me conduit avec son automobile jusqu’à un fast-food, car il n’y a rien d’ouvert dans Quimperlé bourgade.
Et puis, petit à petit, jour après jour, le ciel se découvrant, je commence à trouver mes premiers repères, une vitesse moyenne qui me permet de durer la journée. Je tente de couper mon sommeil comme au large en faisant des siestes sur le bas-côté, mais c’est un échec. Le cardio est souvent trop élevé, le corps transpirant, j’ai trop froid en me réveillant, bref je n’arrive pas à trouver mes capacités de sieste Turbo. Je comprends que le bon rythme est de faire une belle nuit de 6 h pour vraiment récupérer physiquement. Après mes premiers bivouacs à la belle étoile, je retrouve vraiment le plaisir et les automatismes du voyageur solitaire. La vie s’organise entre efforts, repas rapides et lieu de camp. L’effort sur le vélo varie entre 12 et 14 h quotidiennes. Si l’on pédale moins, impossible de s’éloigner du “chat” sur la carto : une grosse icône qui grignote inexorablement du terrain à vitesse constante. Rester devant le chat signifie finir dans les temps, derrière cela veut dire plus de 16 jours, donc pas de finish officiel.
Arrivé à Poitiers, pourtant, je passe pas loin de l’abandon. On est au 5e jour de course et de fortes douleurs m’empêchent de fermer mes doigts. Impossible également de lever le bras droit. Après un orage ayant donné au marais poitevin la texture des marécages de l’Amazone, j’atteins le Checkpoint n°2 dans un chouette magasin de vélos. On peut y acheter une portion de lentilles-saucisses, j’en prends deux histoire de ne laisser vraiment aucune place libre dans mon estomac. Mais surtout, le responsable du café/magasin de vélos m’aide à mieux régler ma position de selle. On enlève un peu de hauteur pour soulager l’appui sur les mains. Je fais une grasse matinée pour tenter de récupérer. Les draps propres parfum Ibis Budget me font voyager dans un monde heureux et soyeux. La réalité du petit matin est à l’opposé bien douloureuse. Mais j’enfourche mon destrier et rentre à présent dans une version plus vide de la France, place à la Creuse !
Cette première semaine est définitivement la plus dure. Les dénivelés sont encore « simples », mais comme lors de mes premières transats, la peur de casser un élément technique m’obsède. J’appuie donc bien fort sur les freins en descente. Trop peur d’être privé de mon objectif à la suite d’une faiblesse matérielle. C’est le cas de Thomas, un très sympathique compagnon de route qui a de multiples soucis sur son vélo. Il décide au petit matin de mettre le clignotant vers une gare TER. L’idée me traverse l’esprit de faire pareil, pour arrêter cette course avec le gros chat de la cartographie qui ne cesse de me rattraper. Ce serait tellement plus facile ! Mais la raison revient et l’aventure continue.
C’est dans l’Auvergne que je retrouve mon salut et de l’énergie ! Un arrêt miraculeux pour une vraie pause déjeuner. Le patron d’un grand restaurant, par sa générosité de portions, me permet de récupérer vraiment des forces. Je comprends après 7 jours de course l’importance de vraiment bien manger sur un défi aussi physique. Oui, cela semble évident, mais j’en avais oublié l’essentiel à force de grignoter. Et je mets cette fois cap au sud par le Plomb du Cantal. Dorénavant, je vais prendre le temps de vraiment manger des féculents et de belles portions !
La suite du parcours est incroyable. De toute beauté ! Les chemins de la trace nous font serpenter la Lozère, l’Ardèche et bientôt la Provence. Malgré le froid sur les hauts plateaux, la sensation de solitude et de vivre un moment unique est là et c’est le bonheur ! Bonheur de découvrir les paysages de mon pays sur un vélo construit 100 % en France (merci Distance). Bonheur de découvrir un terroir, le cœur de nombreux villages et un paysage brut. Mon corps tient le coup et j’arrive à tenir mes moyennes. Certes, les leaders sont loin devant, mais chacun son objectif ! Parfois, mes cuisses n’ont plus du tout d’énergie, c’est la première fois que je ressens ça. C’est cet épuisement que j’étais venu chercher, car dans la course au large ce n’est pas la même dépense physique, c’est parfois plus une dépense mentale ! Je suis même heureux de sentir ces limites et de les gérer. Car elles continuent de faire tourner mes grandes guiboles et me voilà bientôt au pied du géant, le Mont Ventoux !
L’ascension se fait par un chemin de cailloux avant de rejoindre la route et son flot ininterrompu de cyclistes qui viennent s’y frotter ! Je sais, j’en ai fait partie deux ans auparavant. J’arrive encore à doubler quelques vélos carbone dans l’ascension, avec mon gros vélo bien lourd, c’est bon signe ! En haut, je savoure une pause fromage (adieu le Cantal) car j’ai encore deux fois ce dénivelé à gravir dans la journée.
La fin du parcours est intense, mais j’ai réussi à reprendre de l’avance sur le chat de la cartographie. Sur les dernières nuits, je rejoins des camarades de corvée et nous partageons le bivouac. Le dernier col à 2 400 m avant l’ascension finale à Saint-Véran est un délice. Monter par les sentiers VTT, c’est arriver dans la montagne en douceur, sans un bruit. Je croise quelques marmottes et surtout le sentiment d’être seul au monde. C’est magique et clairement à la hauteur de tous les efforts qu’il a fallu fournir pour arriver. Ayant un peu d’avance sur le chat, je m’arrête tranquillement au pied de la dernière montée à 40 km du finish. Je veux profiter de cette dernière partie de la trace sans pression et monter tranquillement, en pleine conscience du moment présent, au petit matin ensoleillé. Mes parents sont sur la ligne d’arrivée avec une belle bouteille de Prosecco pour célébrer ce moment avec tous les concurrents et l’organisateur. Pari réussi, 16 jours après la pointe bretonne : Saint-Véran, on y est, on l’a fait !
L’aventure en certitude
Cette parenthèse à deux roues m’a rassuré. Il y a un an, j’avais démâté lors d’une course de qualification. Un moment compliqué à gérer, un vrai stop dans mes aventures. Je voulais m’imposer un défi engagé pour effacer les traces de cette frustration. L’accident est venu contrarier cette préparation et je suis ravi d’avoir réussi à me dépasser et à être allé au bout. Nous sommes 10 cyclistes à avoir terminé dans les temps, sur la quarantaine au départ !
Mais au-delà de ça, j’ai pris énormément de plaisir à partager cette petite aventure avec mes proches et avec vous, chers lecteurs. J’ai reçu de nombreux messages tout au long du parcours et ça m’a porté. C’est la meilleure récompense dans ces moments de dépassement.
J’ai toujours l’envie d’être au départ du prochain Vendée Globe. Trouver les fonds n’est vraiment pas une sinécure, mais je sais le plaisir que j’ai à mener ces aventures et à les partager. À moi de trouver à présent le(s) partenaire(s) qui m’aideront à la créer.
Aujourd’hui, j’ai une petite équipe autour de moi qui m’aide à envoyer mes dossiers à gauche et à droite, mais surtout à essayer de repérer les entreprises avec lesquelles nous pourrions « matcher ».

Je reste aussi persuadé que dans ce monde qui change, un projet qui ne parle pas uniquement d’aller le plus vite, qui parle de l’état de la mer, rend visible cet horizon lointain qu’est le large, peut aussi performer. Performer pour sensibiliser à la surpêche, performer pour partager une belle aventure et la vivre à 100 % avec vous comme un morceau de chemin parcouru ensemble.
Si vous avez dans vos contacts quelqu’un qui connaît quelqu’un, n’hésitez pas à nous mettre en relation ! J’ai encore 10 mois pour monter le projet. Ensuite, ce sera trop tard, il faudra trouver d’autres aventures.
En attendant d’être au départ des prochaines courses, je serai dimanche en direct sur TV Monaco pour commenter le départ de la TRANSAT CAFÉ L’OR.
Rendez-vous sur le canal 500, 400 de votre télévision à partir de 14 h.








